mardi 3 novembre 2009

JE SUIS DEVENU JUIF...

Je ne suis pas fasciné par le nazisme.
Je suis fasciné par les Juifs. Pas pareil du tout.
Pourquoi les Européens les ont-ils détesté à ce point?
Et ici aussi, n'est-ce pas?, on ne les aime pas beaucoup.
On préfère les ignorer. On dirait qu'ils font peur.
Les Juifs, pourtant, sont extraordinaires.
Un jour, par un détour du hasard trop long à raconter ici,
je me suis retrouvé en Israël. Dans le fin fond de la cambrousse,
dans une partie du bord de mer qui fut jadis un bout de terre libanaise.
Une ferme communautaire. Un kibboutz, cerné de barbelés,
habité par j'sais plus trop combien, deux cents personnes peut-être;
les hommes étaient partis à l'armée, il ne restait que les femmes,
les vieillards, les malades, les maganés par les guerres précédentes
trop poqués pour en faire une nouvelle...
Des baraquements, pas vraiment des maisons.
Bref, un endroit plutôt dur.
C'était pas l'enfer mais c'était pas pour les enfants de la réforme...
Debout à l'aube, aux champs jusqu'au crépuscule.
Au début, j'avais été assigné aux plantations d'avocats.
On m'avait donné un escabeau, des pinces et de la broche.
Ma besogne consistait à attacher une toile sur une charpente de bois
pour protéger les jeunes plants du soleil ardent.
Plutôt ardent, oui, le soleil.

- You are in the country of the blue sky, m'avait dit un officier à mon arrivée.

J'étais plutôt content. Facile, le boulot.
Ouais, mais quand les heures se sont additionnées,
mes pauvres petites mains de collégien en goguette
se sont mises à faire sacrément mal.
En passant les pinces d'une main à l'autre,
je me suis retrouvé avec des ampoules aux deux moignons.
Et les ampoules, ça finit par péter, ça finit par saigner.
J'ai sauté de l'escabeau en sacrant.
En secouant les mains, pour les rafraîchir.
Quand celui chargé de surveiller les «volonteers» m'a vu approcher,
il a froncé les sourcils. Il comprenait rien, pas un mot.
J'ai levé les deux mains devant son visage: blessures de guerre...
Il n'a rien dit. Il a tourné le dos en relevant sa chemise.
Au moins quatre petites cicatrices rondes étaient éparpillées dans son dos,
un vieux dos criblé de petits ronds brunâtres.
Et il s'est retourné en me regardant, toujours sans rien dire.
J'ai tourné les talons, et regrimpé dans l'escabeau.
J'ai pris mon trou.
J'ai fermé ma gueule.
Soudainement, je me suis senti juif aussi...
Et je crois que ça m'est resté.
J'ai toujours aimé le travail ensuite.
Comme un Juif.

dimanche 1 novembre 2009

SUIVRE LA PISTE

J’ai fait comme un chien. J’ai suivi la piste.
Ça remonte à quelque temps déjà. Deux ou trois ans.
Déjà…, criss que le temps passe vite…
J’avais lu dans Le Nouvel Observateur qu’un jeune écrivain venait d’écrire un chef-d’œuvre.
J’ai pris une chance et j’ai téléphoné à ma librairie.

- Oui, madame. Johnatan Littell. Les Bienveillantes.
Il est peut-être pas arrivé encore au Québec…

- Un instant, je vais voir…

J’ai attendu, en espérant un rappel éventuel.
Au Québec, les livres français, parfois, ça retarde…

- Oui, nous en avons une copie. C’était pour la promotion,
il est un peu endommagé, pas beaucoup. Si vous le voulez…

- J’irai avant midi…

Et c’est comme ça que j’ai redécouvert l’horreur de la deuxième guerre mondiale.
Et la souffrance des Juifs, les camps. Mais surtout la méthode allemande. Comment ils ont fait.
Tous, autant qu’ils sont. Le postier, le fonctionnaire, le cultivateur, les gars du train, etc. Tout le monde savait, mais regardait ailleurs.
J’avais lu des livres sur le sujet, un peu comme tout le monde.
Mais avec Les Bienveillantes, on a droit à autre chose. Une vue de l’intérieur.
Enfin, bref, Littell avait dit au Nouvel Observateur qu’il avait été influencé par d’autres auteurs.
Et je les ai lu aussi, comme lui.
La méga trilogie de Hilberg : La destruction des Juifs d’Europe.
Environ 5 000 pages. Serrées. Bourrées de détails, sur le fonctionnement de la machine nazie, son lent mouvement destructeur. Ils ont défini les juifs, les ont expropriés, les ont rassemblés dans des ghettos et des camps, avant de passer à la phase finale, l’assassinat de masse.
Quatre phases donc. Définition. Expropriation. Concentration. Destruction.
Littell avait aussi cité Kershaw. Ian Kershaw, un prof de Sheffield, en Écosse, qui, lui, a pondu un chef-d’œuvre sur Hitler,
une biographie détaillée qui m’a appris que le fameux furher était un raté. Un raté avec le don de la parole…
Et puis, j’arrive au bout de la piste avec un dernier bouquin :
Béhémoth, Structure et Pratique du National-socialisme, de Franz Neuman.
Une brique de 81,95 $, réréréréimprimée depuis 1944.
Enfin, c’en sera fini, je crois, avec ce noir épisode de l’histoire humaine.
Béhémoth, dans la mythologie juive, c’est un monstre issu du chaos.
C’est ce que dit l’auteur dans la toute première page…
Je vous en parlerai un de ces quatre…

samedi 3 octobre 2009

JOUISSONS PUISQU'IL EST ENCORE TEMPS...

Oui, je veux dire, jouissons de la vie.
Avant que les tarifs nous tombent dessus.
Que l'hiver s'installe pour de bon.
Car vous le sentez approcher aussi, n'est-ce pas?
L'hiver, hypocrite comme Vincent Lacroix.
On sent bien son haleine ces jours-ci, le froid monstrueux qui avance, descendant du Nord, faisant peur aux arbres...
Alors, moi aujourd'hui, pour oublier ça, je fais des mouches.
En pensant à l'été prochain parce que je n'aurai pas le temps cet automne, trop occupé.
Pas de lecture, sinon Le Devoir, le journal le moins épais.
Congé de quelques heures donc.
Je suis plongé depuis plusieurs jours dans une biographie d'Adolph Hitler.
Celle d'Ian Kershaw, réputée pour être un véritable chef-d'oeuvre.
Et c'en est un.
Pas possible tous les détails qui mène à une conclusion plutôt navrante: ça donne un foutoir total, un décrocheur au pouvoir. Il était mégalo et tout et tout. Ça, on le savait.
Mais pas qu'il ait été un pauvre type, un paresseux, un vaniteux.
Qui vivait dans un refuge pour hommes. Une sorte de Maison du Père.
Puis il a squatté ici et là chez des gens qui le méprisaient secrètement.
Il n'avait qu'un don, ce con. Il savait faire des discours.
Il a vite découvert qu'en suscitant la colère, la haine et l'intolérance, il pourrait s'en sortir, sortir de la pauvreté. Plus ou moins manipulé par la haute bourgoisie et les grands industriels,
Hitler s'est hissé au sommet. Il a investi un petit parti politique et en a fait une machine à tuer.
Au début, sa cible, c'était les communistes. Les Juifs, c'est venu ensuite, pour cimenter la haine et le pouvoir. Le reste vous le savez comme moi.
J'achève cette brique avant de passer à autre chose.
Pour changer d'air. Retrouver l'Irlande drôlatique d'Eureka Street, de McLiam Wilson.
Il me fait penser à Frank Mc Court et à son «C'est comment l'Amérique?»
Faudrait que je trouve le temps et le courage de faire ça.
«C'est comment le Québec?»
Je me demande ce que ça donnerait.