mardi 12 février 2008

LE QUÉBEC QUI TOMBE-(BIS)

Avec leurs prêts hypothécaires et personnels, leurs dettes de consommation et celles de leur gouvernement, les Québécois vont faire le bonheur des banques et des compagnies de crédit pour l'éternité. L'addition nous fait tellement peur qu'il n'y a jamais de véritable débat public sur ce cancer; nous sommes criblés de dettes, étouffés, appauvris, mais nous continuons de courir vers l'abîme, au risque d'y tomber un jour, si ce n'est déjà fait.
Même les politiciens n'osent pas en parler. Ils évoquent le problème puis pfft!, partis. Des oiseaux-mouches. Un miroir, ce passage de La France qui tombe de Nicolas Baverez: «Au lieu d'expliquer la situation réelle de la France, de favoriser la prise de conscience des citoyens pour les convaincre de la nécessité du changement, l'essentiel du discours politique a été consacré à l'éloge de l'immobilisme au nom de l'excellence de l'exception française». Remplacez France par Québec, l'exception française par le modèle québécois, et c'est tout à fait nous. Sauf qu'avec une septième position au palmarès du PIB en parité du pouvoir d'achat, les Français ont du ressort. Le Québec est au 41e rang...
À part Sam Hamad, maintenant ministre de la Solidarité sociale, je ne me souviens pas d'un élu qui ait osé dire publiquement que les Québécois sont pauvres. C'est pourtant le cas. Les chiffres sont clairs, objectivement colligés par l'Institut de la statistique du Québec, et proviennent pour la plupart de Statistique Canada. Ils sont rassemblés dans une brochure distribuée ces jours-ci et intitulée «Le Québec, chiffres en main».
À l'évidence, si une brusque hausse des taux d'intérêt devait survenir, des dizaines de milliers de Québécois seraient poussés à la faillite. Voyons voir.
Entre 1996 et 2005, la dette dite de consommation, excluant les emprunts hypothécaires, a doublé, passant de 26,4 milliards à 55,1 milliards. Une hausse de 100% en dix ans. Par tête de pipe, les comptes en souffrance ont grimpé de 3 600 $ à 7 259 $. Le Québécois moyen n'a pas payé la chaise sur laquelle il s'assoit pour siroter une, deux ou trois bières, pas plus que le patio où il rêve. Les prêts hypothécaires totalisent 104,5 milliards, en hausse de 40% depuis dix ans. Les nouveaux propriétaires sont plus nombreux, d'accord, mais aussi super endettés.
S'ajoutent aussi des prêts personnels 42 milliards, vingt de plus qu'il y a dix ans. On voit ici un premier trou budgétaire: hypothèques, prêts et crédit additionnés totalisent plus de 210 milliards alors que les dépôts bancaires des particuliers ne sont que de 115,2 milliards, toujours selon l'ISQ. Il manque presque cent milliards!
Le pouvoir d'achat des Québécois en souffre, évidemment. Quand on le compare, il est loin derrière celui des Norvégiens, des Irlandais, des Danois, des Belges, des Hollandais, des Britanniques, des Français, des Allemands, même des Grecs. Et celui des Américains aussi, bien sûr.
Comment peut-il en être autrement? Les impôts directs et indirects, de même que les taxes, collectés au Québec par les administrations publiques, qu'elle soit fédérale, provinciale, municipale ou autre, dépassent 110 milliards. Une bonne partie de cette somme va en salaires, en avantages sociaux et au financement de la liberté 55 des employés du secteur public. On doit donc se serrer la ceinture... et emprunter.
Les Québécois ressemblent donc à leur gouvernement et vice versa. Ils survivent à coups d'emprunts dans l'illusion de la richesse.
Rien n'y paraît, surtout pas à la télévision où les faux riches et les pseudo célèbres sont toujours discrets sur leur train de vie. Entendez-vous souvent Brathwaite parler de son hélicoptère ou Marie-Chantal Toupin de ses sandales à 20 000 $? Ça sert aussi à ça, des crédits d'impôt.
Pour faire le bilan des opérations financières du gouvernement, l'ISQ met côte à côte les revenus et les dépenses. L'équilibre budgétaire apparaît donc comme une vue de l'esprit car depuis l'atteinte du déficit zéro, il y a dix ans, le déficit accumulé du Québec a bizarrement grimpé de 64,8 milliards à 91,7 milliards. Une hausse de 26,9 milliards. Et ça continue... La dette totale du secteur public québécois dépasse 200 milliards, selon le dernier budget.
Ça va durer encore longtemps, vous croyez?
On creuse la dette, les déficits s'accumulent. Vivrait-on au dessus de nos moyens? Doit-on rappeler que le salaire industriel moyen oscille à 30 000 $ ? Que 85% des gens gagnent moins de 50 000 $? La cote de crédit est stable mais le déclin démographique provoque déjà un manque de main-d'oeuvre et tout indique que l'économie va planter.
Ça craque d'ailleurs déjà partout: hôpitaux, écoles, ponts et chaussées. On meurt à l'urgence, on ne sait pas écrire à l'université mais on subventionne les millionnaires du showbiz, les écolos de la haute ville, les clubs de motoneige, le Festival Juste pour rire...
Le Québec tombe mais on dirait que tout le monde s'en fout.

18 commentaires:

Thomas a dit…

Je pourrais faire mon smat et dire que la situation est problablement pire chez les 45 ans et mois. Ce sont eux qui achètent autant de voiture pour combler leur belle entrée d'auto, qui s'achètent des maisons beaucoup trop grosses (car il maintenant possible d'avoir une hypothèque de 40 ans avec aucune mise de fonds), qui y ajoutent un spa, la plus grosse télé HD (des plus petites pours les enfants), un bbq encastré et tout les autres gogosses achetés en 36 versement de 25$. Bref, ils veulent dépenser LEUR argent (quel ironie, plutôt celui de Visa), sans qu'aucun gouvernement ne viennent leur dise quoi faire (et surtout pas comment leur dire comment dépenser ou épargner, c'est fini le paternalisme de l'État) . Vive la responsabilité individuelle! On voit ce que tout cela peut causer: le bonheur à crédit.

À bien y penser, est-ce que je ne suis pas en train de caractériser la clientèle adéquiste, celle qui veut tout pour soi mais qui espère que les autres mettent enfin leur culotte et règlent les problèmes qui les concernent?

L'avenir augure bien.

Michel Hébert a dit…

@thomas
Bien mal, oui...

Steve a dit…

@Thomas
Je ne crois pas qu'on puisse caractériser cela à la clientèle Adéquiste, je pense que c'est plutôt généralisé.

Sinon on pourrait dire que ça caractérise la clientèle du PQ avec leurs programmes sociaux qu'on ne peut même pas se payer, comme les garderies à 5$ (7$ maintenant).

Thomas a dit…

Je généralisais un peu, je croyais que les adéquistes étaient les 25-45 ans, ceux qui travaillent pour vrai, alors que les péquistes rassemblent les pauvres étudiants et les boomers frustrés (à l'exception de M. Hébert bien sûr).

De toute façon, je parlais ici de comportements individuels et non de comportements collectifs ou sociaux.

Thomas a dit…

J'oubliais, les libéraux rassemblent les petits vieux, les vrais riches et les avocats (il y en a vraiment beaucoup)

Geatan a dit…

En revange le Canada est le pays le moins endetté du G8. Monsieur Hébert vous devriez vous pencher sur le cas de la dette actuelle des États Unis c'est catastrophique. D'autre part, 70% de la dette du québec est intérieur et 30% extérieur, ce qui veut dire que la majeure partie des intérêts payés sur les obligations et bons du trésor émis sont réinvesties dans notre économie. C'est vrai qu'il faut être prudent mais ce n'est pas la fin du monde. Ce qui risque de nous faire mal davantage c'est le déclin actuel de l'économie américaine, 80% de nos exportation vont vers les États-unis

roméo a dit…

Vous avez entièrement raison Monsieur Hébert. Il suffit de venir une journée à Moisson Québec et voir combien d'organismes de bienfaisance s'y approvisionnent pour voir la misère présente même à Québec.

J'en reviens justement de Moisson Québec car je m'occupe de transporter les victuailles des cuisines collectives de Beauport à chaque semaine. Notre groupe était à 13 hres le 17ème à s'y présenter aujourd'hui. Oui la misère ca existe et comme trésorier de la Société St-Vincent de Paul de ma paroisse, j'en cotoies continuellement. En tout cas, j'aime mieux aider un pauvre à se maintenir à flot que de discerter sur le réchauffement de la planète. Il me semble que l'urgence est plus criante car eux ils chatent: Un jour à la fois, Oh mon Dieu...

Michel Hébert a dit…

@geatan
La dette américaine estr importante mais son potentiel fiscal est pour ainsi dire vierge... Taxez l'essence, les cigarettes, les importations, haussez un tant soit peu les impôts, etc, et vous verrez la dette américaine vite réduite

gilo a dit…

Si on est si pauvre que ca, pourquoi dépense-t-on des milliards pour l'armée, pour des missions impossibles là où on est accueilli à coup de bombes. Ne devrait-on pas s'occuper de nos propres problèmes et bien investir ces argents ici. On devrait sécuriser nos villes nos rues nos routes notre argent (fraude à la Lacroix et al) avant d'essayer de mettre de l'ordre dans des pays où les causes sont perdus d'avance.

Bonne soirée....

gilo a dit…

J,ai lu quelque part que si le Québec était un état américain, malgré sa taille et ses richesses naturelles, il serait un des états les plus pauvres... ca veut tout dire....

Michel Hébert a dit…

@gilo
Le Québec n'a pas de leader digne de ce nom depuis Bouchard...

gilo a dit…

@ M. Hébert.

Ce qui est encore plus triste c'est que l'on ne voit pas des leaders à l'horizon capable de redresser la situation.....

Jean Berthiaume a dit…

L' âge des ténèbres?

Malgré 10 ans de prospérité économique, des économistes rencontrés récemment évoquent une dette accumulée de 120 milliards pour le Québec. Ils parlent également d’un déficit annuel de près de 4 milliards, toujours présent malgré les entourloupettes comptables de camouflage. Se peut-il qu’avec de tels chiffres en tête, notre élite se questionne présentement sur la pertinence de franciser les centres de la petite enfance ou d’apprendre l’anglais en première ou deuxième année?

Sommes-nous en train de cirer les planchers du Titanic? Quelqu’un pourrait-il sonner le réveil? Les vraies questions sont plutôt : Quelle place doit jouer l’état dans nos vies? Devrions-nous faire une plus grande place au secteur privé, plus pragmatique et orienté vers la satisfaction de sa clientèle, pour administrer une partie de nos services? Il est tout de même gênant de vivre dans une société ou l’état est négociant et marchand de vin et cherche à nous amener dans ses casinos et à nous vendre des billets de La Poule!

Avec un gouvernement Charest qui ne fait que masquer les problèmes et un parti québécois qui promet d’en rajouter, il ne nous reste qu’à paraphraser Duplessis, un ancien premier ministre injustement méprisé: On a besoin de trouveurs qui trouvent, pas de chercheurs qui cherchent!

Michel Hébert a dit…

@jean berthiaume
personne ne veut s'attaquer au problème central: le dégraissage du mamouth...

Francois a dit…

@gilo en passant en Afghanistan, c’est d’ordre fédéral, le gouvernement du Québec ne mets pas une cenne la dedans et de plus comme le Québec reçoit de gros contrat pour l’armée mais en plus nous ne contribuons pas autant monétairement en % au budget fédéral que notre % de population c’est plutôt profitable pour nous…

D'un autre coté... tel un alcoolique c'est p-t mieux comme ça, on va se relever le jour qu'on aura atteint le fond du baril....
Sinon, voilà une des vrais priorités que le Québec devrait tenter de résoudre et arrêter de capoter sur les niaiseries de langue (on sera pas assimilé) et d'immigration... d'ailleurs j'en reviens à ce que j'avançais y’a quelques semaines... on attend quoi pour ouvrir nos portes et nos ordres professionnelles aux immigrants pouvant nous apporter de la richesse... au lieu de tjrs leur chier sur la tête ! Avec l’état de nos finances a-t-on vraiment le choix ? En dehors du ménage qui s’annonce au niveau de l’état, de la privation, de la fin des subventions il va aussi falloir penser à ça ! Une chance que nous avons l’Alberta et ses sables bitumineux ! La péréquation ça nous sauve !

Thomas a dit…
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Stephan St-Laurent a dit…

Allez lire un de mes dernier post, L'Alberta loin devant, vous allez palir...

Leonard a dit…

Ce que j'aime du Quebec, c'est le fait suivant: c'est toujours la faute des Amaricains, des Canadians, des jeunes, des riches, des federalistes, des souverainistes, des immigrants, des regions, de Montreal, de Quebec, du Plateau, de la guerre en Afghanistan, de l'hiver, des politiciens, des syndicats,du '' on va payer pour'', etc.

Syndrome de l'alcoolique ou du joueur compuslsif.