Un conseiller en orientation professionnelle du ministère de l’Éducation m’avait jadis recommandé d’éviter le travail intellectuel. Debout devant la classe, le compétent fonctionnaire avait ainsi tracé mon chemin:
- Hébert! D’après vos résultats, le travail intellectuel n’est pas pour vous. Ce n’est pas que vous êtes crétin, mais l’air libre et les grands espaces vous conviendront mieux. Pensez à l’agriculture. Oui, d’après moi, vous êtes fait pour le travail agricole...
À l’époque, je n’avais jamais vu un porc ou une vache et un cheval avait déjà anéanti mes rêves de cow-boy en m’expédiant à l’hôpital, les étriers autour du cou. Le verdict du superpédagogue m’avait donc laissé pantois, car je rêvais de devenir journaliste. Et j’ai tout fait pour y parvenir: j’ai écrit dans des journaux étudiants, des feuilles de chou, des hebdos de province, des quotidiens à petit et à grand tirage.
Je ne m’approchai guère de l’agriculture, sinon que pour suivre des politiciens en campagne ou pour interviewer une plantureuse Miss Holstein quelque part entre Bedford et Cowansville.
Quand Quebecor a décrété le lock-out du Journal de Québec le 22 avril 2007, j’ai eu surtout peur de ne plus pouvoir écrire. Une peur vite dissipée: le MédiaMatinQuébec est né le lendemain, comme un divin enfant. Avec un nom pareil, pas besoin de campagne de publicité.
Tout le monde demandait: le Matin quoi?, le Matin Québec?, le Québec Média Matin? J’ai répété ce foutu nom quelque temps, mais rapidement, il est devenu aussi connu que Le Soleil ou Le Devoir... Chaque mot passait à l’histoire quotidiennement, puisque ce journal était unique en son genre.
J’ai écrit avec délectation sur l’insipide Lise Thibault, sur les amours de Max et de Julie, sur l’increvable Jean Charest, sur les fourrés des plaines d’Abraham, sur la Ligue municipale d’improvisation, etc. Je ne suis peut-être pas devenu agriculteur ou cow-boy, mais grâce du MMQ, je me suis payé une chevauchée fantastique dans les pâturages du vocabulaire.
Et ça, je ne l’oublierai jamais. Ce petit journal, avec son drôle de nom, a été ma bouée de sauvetage, ma vitamine quotidienne et, bien sûr, le symbole de notre courage collectif.
Michel Hébert, journaliste

4 commentaires:
Ce fut une belle tribune où il était agréable de lire des textes intelligents, avec une dose savamment mesurée de rapports sur le conflit.
Merci d'avoir pris cette voie dans les négos, beaucoup plus constructives que d'autres moyens de pression utilisés dans le passé dans des conflits similaires.
Merci, et bon retour dans le giron Québecor...
D'un lecteur assidu du MMQ et de votre blogue
Merci pour ce témoignage.
Le MMQ a été un moyen de pression original qui fera école, je l'espère.
Le conflit est terminé, soit, mais il nous a donné l'occasion de vous découvrir comme blogueur et je souhaite pouvoir continuer la conversation avec vous et avec vos lecteurs maintenant que l'expérience du MMQ est terminée.
Pour ce qui est de votre orientation professionnelle, le C.O. ne s'est peut-être pas trompé tant que cela. Vous faites parfois dans la culture et il vous arrive de devoir brasser des fumiers ;-)
Bravo pour votre bon travail et une belle lutte syndicale de votre part. En espérant que votre vision des syndicats a un peu changé...
Bravo aux jopurlistes qui onty eu cette idée de génie de créer le MMQ.
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